Interview de Jean-Michel DIARD
- Megane Mazarguil
- 17 févr.
- 10 min de lecture
JM revient sur sa vision de la politique, ses valeurs, son expérience de militaire, sur ses frustrations aussi dans son rôle d’adjoint aux travaux et à la sécurité sous la mandature actuelle.

Qui es-tu et pourquoi te présentes-tu à la mairie ?
Je fais partie de l’actuel conseil municipal et j’exerce, depuis maintenant presque six ans, la fonction de maire adjoint délégué aux travaux et à la sécurité. Je suis donc responsable du service technique et à ce titre je m’occupe d’organiser les travaux de voirie et espace vert, de résoudre les problèmes dans ce domaine, aussi bien auprès des particuliers que de l’agglomération et du département. Je me présente à la mairie parce que je souhaite y apporter un nouveau souffle en utilisant des méthodes complètement différentes de ce que j'ai vécu pendant mon premier mandat. D’abord, informer les habitants et leur donner l’occasion de participer aux décisions concernant leur ville, qu’ils puissent apporter leurs idées, leurs projets, que ces projets puissent être étudiés sérieusement et mis en œuvre lorsqu’ils répondent à une envie de la majorité. Il y a des outils participatifs qui peuvent être mis en place comme les votations citoyennes ou les commissions avec les habitants intéressés par un sujet donné. Je suis convaincu qu’un maire à qui on confie un mandat n’a pas un blanc-seing pour faire ce qu’il veut pendant six ans. Son rôle est de représenter ses administrés et de les aider au mieux en pilotant le système délicat que représente une collectivité, c’est-à-dire un ensemble de besoins et de désirs qui ne sont pas forcément les mêmes pour tous.
Pourquoi toi ?
Mon passé professionnel – j’ai été colonel – m'a montré que j'avais la capacité de gérer une entité telle que la mairie. J’ai eu à piloter des organisations d'une taille beaucoup plus importante (un régiment de 1368 personnes, par exemple) où j'avais à gérer un budget, des ressources humaines, des finances… Il y avait tous les aspects qu'on peut retrouver dans une mairie. Avec des contrôles comme il y en a dans l'administration, et un budget à respecter. C’est une approche que je connais. De plus, par ma fonction d’adjoint délégué aux travaux, j'ai une visibilité complète de ce qui se passe dans la ville, notamment sur l’urbanisme et les espaces verts, mais aussi au contact des habitants. J’ai ainsi été confronté à beaucoup de problèmes pendant toute ma mandature. Ce sont des problèmes qui ne sont pas forcément liés aux domaines de la sécurité ou des travaux. Et j'ai pu constater le mécontentement de certaines personnes sur la manière de gérer certaines choses. Je veux donc changer ça par une approche beaucoup plus participative, par une écoute beaucoup plus forte de la population. Ce qui me tient à cœur, c'est mettre l'homme au cœur de nos préoccupations.
Quel est le rôle d’un maire ?
Un maire a de très grandes responsabilités dans beaucoup de domaines, parfois même insoupçonnés. Par exemple, il y a des sujets qui sont assez complexes comme la réglementation administrative. Le maire doit faire respecter les lois qui sont liées à son environnement. Elles sont parfois très spécifiques et il doit quand même avoir la capacité d’en faire une synthèse, pour en comprendre les enjeux et pouvoir l'utiliser au mieux pour ses administrés. La maîtrise de la réglementation est
donc déjà un minimum requis. Le maire a des responsabilités, par exemple, dans la sécurité, l’urbanisme ou encore les ressources humaines. On ne se rend pas compte de la difficulté à pouvoir répondre à toutes les attentes. Il doit gérer humainement toutes les demandes, parfois complètement farfelues ou inadaptées. Il doit savoir faire la différence entre ce qui relève du bien commun et les demandes individuelles. Le maire est là pour être arbitre, proposer au conseil municipal des décisions en fonction de son analyse, essayer de convaincre la population et partager sa vision des choses. Il doit aussi organiser la vie de la commune, proposer des innovations, orienter la stratégie de la ville sur le long terme.
Il doit être à la fois un stratège et un leader.
Comment vois-tu ton travail de maire ?
Je le vois comme un chef d'équipe, d’une équipe compétente, avec des gens sérieux qui veulent s'investir, qui sont motivés pour faire avancer la ville vers une vision beaucoup plus moderne et beaucoup plus adaptée aux contraintes d'aujourd'hui. Je n'ai pas d'ambition personnelle. Ce que je veux, c’est me concentrer complètement sur la ville. Ce qui m'intéresse, c'est d'apporter mes compétences, apporter une vision à la ville, l'amener à évoluer sur le long terme, pas seulement sur une mandature. Et c'est pour ça que je souhaitais, dès le départ, m'entourer d'une équipe compétente et motivée, plutôt jeune. Parce que je peux être le lanceur d'une nouvelle dynamique, mais je voudrais que cette équipe puisse ensuite continuer un projet ambitieux pour l'avenir de nos concitoyens.
Quand est-ce que, pour la première fois, l’idée d’être maire a émergé ?
Je ne suis pas arrivé ici par hasard. Au départ, on m’a sollicité parce qu’on voulait renouveler un peu une partie de l'équipe du moment et on cherchait des compétences. Comme c’était à un moment où je quittais mon ancienne carrière de militaire et que j'avais toujours été intéressé par la chose publique, j’ai tout de suite accepté et j’ai commencé à m'intéresser à ce qui se passait dans la ville. Ensuite, j'ai figuré sur la liste du maire actuel et j’ai donc été élu conseiller municipal. Loin était de moi l'idée de devenir maire un jour. Ce que je voulais, c'était aider, contribuer au fonctionnement de la ville. Et puis, petit à petit, lorsque je suis devenu adjoint – assez rapidement parce que mon prédécesseur était décédé – j’ai très vite fait mes preuves et lorsque certains conseillers municipaux ont envisagé de constituer une liste, ils m’ont demandé de prendre sa tête. Au départ, je n’avais pas du tout cette intention-là. Je me suis posé beaucoup de questions parce que c'est une fonction très exigeante et pas simple à tenir. Après beaucoup de réflexion, j’ai décidé de me lancer. Mais ce n’est pas une décision prise à la légère. On avait donc une ossature. Notre premier objectif, c'était construire une équipe intelligente, compétente, sérieuse pour bien gérer la ville, avec des gens qui veulent travailler, qui veulent s'investir. Parce que c’est exigeant. Et j'ai eu une chance incroyable : l’équipe que nous avons constituée est même mieux que tout ce que j’avais pu imaginer. Tout se fait avec bienveillance. Tout le monde s'écoute, et se tire vers le haut et ça c'est vraiment agréable.
Pour ce type de travail, dans la chose publique, pour le bien commun, penses-tu qu’il faut un état d'esprit particulier?
Je pense que d'abord il faut aimer les gens. Sinon, ce n’est pas la peine de se lancer dans l'aventure. Il faut aussi avoir l'envie et la capacité de s’investir dans la ville. J'ai toujours aidé, participé à faire évoluer les choses que ce soit dans mon activité professionnelle ou dans l’environnement familial. Je pense qu'une ville c'est très intéressant, surtout de cette taille-là, parce qu’on voit les effets du travail que l'on fournit. Et ça, c’est assez gratifiant. Ensuite, la chose publique m'a toujours intéressée. J’ai toujours pensé que si, un jour, j'en avais la possibilité, j'aimerais bien faire un petit peu de politique localement, au sens originel du terme « politique », qui est de participer à la vie de la cité. Améliorer le bien-être des concitoyens, c’est ce qui m'a motivé.
Mais pour avoir une certaine compréhension de ce qui se passe, il faut aller au contact, discuter, partager, rire, étonner et créer une relation de confiance. Il faut convaincre aussi, faire adhérer. C'est important. Et pour pouvoir faire adhérer, il faut considérer l'autre comme son égal, il faut lui montrer qu'on a du respect pour lui, il faut l'écouter, il faut partager. Et le prendre en considération dans une vision globale.
Il y a toujours cette idée du collectif.
Il y a plusieurs façons de considérer la ville, ça peut être un ensemble de lois à faire appliquer ou un écosystème d'êtres humains qui doivent fonctionner ensemble.
Absolument ! Et je pense que c’est les deux. Mais l’humain est quand même le plus important. La ville, c’est de la gestion administrative, des projets à monter, de la construction, mais tout ça n’a qu’un but : le bien-être de la collectivité. Cette réalité est devenue particulièrement prégnante pour moi suite à mon expérience militaire. Je suis rentré dans ce milieu à l'âge de 14 ans. Donc des visages, des caractères, j'en ai connu. Dans ce milieu là, on est forcément obligé de privilégier l’humain parce qu’on fait prendre des risques aux gens, surtout quand on va en opération, et qu’il est donc extrêmement important d’avoir conscience de la valeur de la vie humaine lorsque l’on doit prendre des décisions.
Pour moi, l’humain est plus important que tout le reste.
Quel est ton diagnostic sur Villemoisson ?
Ma fonction d’adjoint délégué aux travaux m'a permis de faire un diagnostic sur l'état de la ville. J'avais proposé, en début de mandat précédent, de pouvoir faire un état de l'art précis par quartier et de pouvoir réaliser un plan de réaménagement et de remise à niveau, en consultant les habitants. Cela n’a, malheureusement, pas été accepté et ça fait donc quelques années que l’on stagne un peu sur ces sujets, à la fois d'urbanisme, de réhabilitation et de remise aux normes de certains équipements. Or nous sommes actuellement à la croisée des chemins : nous avons fonctionné pendant longtemps avec ce que j'appelle « la politique des patchs » où on fait juste le minimum, en parant au plus pressé. Mais à un moment donné, il faut prendre la décision de faire du gros œuvres pour pouvoir mettre à niveau sérieusement et répartir les travaux sur une échéance longue. D’autant plus que la politique des patchs coûte plus cher sur le long terme. Il y a donc maintenant une accumulation de travaux qui sont devenus indispensables, et qu’il va falloir organiser, de manière intelligente, sans mettre en péril le budget et les finances. Il faut déjà régler les problèmes les plus urgents, essentiellement des rafistolages qui ne tiennent pas. Et ensuite, parallèlement, établir un plan sur le long terme pour pouvoir, étape par étape, créer de nouveaux ensembles, améliorer l’existant ou réhabiliter certaines installations vieillissantes.
Que penses-tu de cette ville ?
La première fois que je suis arrivé à Villemoisson, je suis tombé amoureux de cette ville. Tout d’abord parce qu’elle est un peu atypique dans la région parisienne : il n’y a pratiquement que des maisons. Nous avons, récemment, répondu à l’obligation de bâtir des logements sociaux, mais nous nous sommes battus pour avoir des immeubles de taille raisonnable, ce qui est préférable, également, pour ceux qui vont les occuper. Ça a été géré en concertation avec les bailleurs sociaux. On a aussi une chance incroyable : on est au bord de l'orge, on peut se balader pendant des heures dans la nature, on est très vite sorti de la ville. Il y a également un tissu associatif qui vit, même si la ville à un petit côté « ville dortoir », dans le sens où les gens, après le travail, viennent s'y reposer, parce qu'ils cherchent le calme. Au niveau sécurité, on s’est donné des outils : la ville s’est dotée d’un système de vidéoprotection pour pouvoir avoir une vision plus claire de ce qui s’y passe. Mais il y a tout ici pour faire quelque chose de bien, un environnement harmonieux, favorisant les échanges et le vivre ensemble.
Il n’y a pas trop de commerces
Il n’y a pas beaucoup de commerce parce qu’on est entouré de grandes zones commerciales dans les villes voisines. Mais rien n'interdit de développer un petit cœur de ville pour améliorer un peu les rencontres entre les gens, lors du marché, par exemple. Il faudrait le déplacer un peu pour lui donner une position plus centrale avec une halle. Et créer un lieu pour se rencontrer. Ça peut être un bar ou un autre lieu associatif. L’objectif est de redynamiser le centre-ville. Je sais que c'est un problème qui n'est pas simple.
Quelle est la méthode que tu souhaites mettre en place ?
Je suis issu d’une formation d’informaticien. Je sais diriger des projets. Mon intention c'est de faire l'état de l'art de ce que l'on a, et de regarder ce qui fonctionne ici ou dans d’autres villes. Ensuite, on monte des projets qui correspondent vraiment aux demandes des habitants et en les associant pleinement. Les projets seront, bien évidemment, étudiés en termes de faisabilité, de coût et d’impacts sur les habitants. L’idée est aussi de rentrer dans une dynamique où plusieurs solutions sont proposées et soumises au vote.
Quels sont tes sujets d'expertise ?
Je crois que je ne suis pas mauvais en management. Je pense que je suis multi compétences, c'est-à-dire que je ne suis pas expert dans beaucoup de domaines, mais je connais plein de choses dans plein de domaines. Et ça me permet de pouvoir avoir une idée de base sur la difficulté d'un projet, et sur un certain nombre de sujets, de pouvoir avoir un premier jugement sur la problématique qui m’est soumise. Je suis ensuite en capacité d’en discuter clairement avec l'expert avec lequel je vais travailler pour voir si c'est pertinent ou non, si on se lance ou pas. J'ai fait des finances publiques dans le cadre du commandement de mon régiment. C'est un petit peu différent de la ville, mais il y a beaucoup de similitudes. Je connais aussi un peu le monde des travaux parce que je suis issu d’une famille de d'artisans, notamment dans le bâtiment où j'ai grenouillé quand j'étais gamin sur les toits avec mon père pour monter des charpentes, par exemple. Mais je sais faire plein de choses à la maison, je suis un peu bricoleur aussi. Je m'y connais en ressources humaines, en urbanisme. J’ai aussi été associé à beaucoup de sujets qui concernent la scolarité et l’éducation. Je me suis aussi
beaucoup documenté moi-même pour pouvoir mieux appréhender la fonction qui m'attend.
Tu te vois comme un facilitateur, en fait
Absolument !
Quelle est ta formation ?
J’ai un diplôme d'ingénieur de l’école militaire de Saint-Cyr. Ingénieur généraliste. Ensuite, je me suis spécialisé par un master en systèmes d'information. J'ai aussi une formation de hautes études militaires puisque j'ai fait l'École de guerre et que j'y ai fait toute complété ma formation militaire de base avec une formation fondée sur la géostratégie, la géopolitique et la préparation d’opérations au niveau stratégique et opératif. On y apprend tout ce qui permet de se confronter à la fois aux relations avec les politiques et aux prises de décisions d'un haut niveau pour la défense. On fait un peu de stratégie, de géopolitique. Je suis très heureux d’avoir suivi cette formation sur tous ces sujets-là parce qu’il y a des domaines que je n’aurais peut- être pas abordé par moi-même.



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